Interventions lycées, universités, grandes écoles

Colegio 21 09 15 (Info Sur Diario)
Au Colegio Don José de San Martín, à Florencio Varela,
banlieue sud de Buenos Aires le 21 août 2015 (photo Info Sur)
Denise Anne CLAVILIER pose avec les lauréats d'un concours de vidéos sur José de San Martin
dont elle tient en mains le portrait offert par les élèves
Le groupe pose devant une reproduction du drapeau de l'Armée des Andes (1817)
Cf. San Martin

 

Vous trouverez dans ces pages un choix d'interventions pour des publics scolaires et universitaires autour de l'Argentine, de son histoire, de sa culture populaire.

Public visé :
lycéens de l'enseignement général et technique, étudiants de classes préparatoires, université et grandes écoles.
La proposition peut être déployée en Argentine pour le public scolaire du système public ou privé argentin.

Les interventions sont élaborées en fonction du public, à partir d'une trame, et non pas lues.

Le présent document est rédigé
à l'intention des enseignants
ou des organisateurs, notamment le BDE dans l'enseignement supérieur. 

Sujets historiques (page 2)

Tango et culture populaire (page 3)

Voir également les propositions décrites dans les pages Conférences et ateliers

Bienvenida
Banderole de bienvenue
au Colegio Don José de San Martín - Florencio Varela (Pcia de Buenos Aires)
confectionnée par les élèves et les professeurs
21 août 2015

Histoire

Les thèmes déclinés ci-après peuvent faire l'objet d'un traitement pluridisciplinaire en croisant histoire contemporaine, géographie, art (musique, peinture), langues et littérature (espagnol, anglais et français). Les interventions peuvent être menées en français, en espagnol et en anglais.

Toutes les interventions comportent un exposé des événements concernés puisqu'ils sont très mal connus, certains étant même tout à fait inconnus en Europe.

Pour les lycéens, qui, à ce stade de leur formation, ont encore besoin d'un enseignement très cohérent et très compact parce que leur méthodologie embryonnaire ne leur permet pas encore d'exercer en toute liberté leur esprit critique sur le contenu qui leur est délivré, l'intervention sera d'autant plus porteuse qu'elle aura donné lieu à une concertation préalable avec l'enseignant et, mieux encore, avec l'équipe pédagogique.

Les interventions sont modulaires : interventions de 60 mn, 90 mn, demi-journée ou journée complète.

La guerre d'Indépendance espagnole (1808-1814)

En zone francophone, cet épisode des guerres napoléoniennes est d'autant plus mal connu que l'Empire est l'agresseur de l'Espagne, que son action militaire est loin d'être glorieuse et qu'il rassemblait alors la France, le sud de la Belgique et l'ouest de la Suisse, c'est-à-dire la quasi-totalité de l'Europe parlant français.

On abordera donc l'événement du point de vue espagnol, en suivant l'engagement d'un jeune officier de l'armée royale, José de San Martín (1778-1850) : dans cette guerre, il prouva en effet son patriotisme et révéla un sens stratégique et un charisme hors du commun. Il quitta cependant la Péninsule en 1811, lorsque la guerre, militairement prospère, était politiquement perdue tandis que la révolution espagnole venait de trouver un second souffle en Amérique du Sud (en mars 1810 à Caracas puis en mai à Buenos Aires et enfin en septembre à Santiago du Chili).
De surcroît, le parcours de ce brillant officier trentenaire illustre le caractère international de la cause espagnole puisqu'il le lie à des Britanniques, des Français et des Suisses, eux-mêmes engagés contre l'envahisseur.

On étudiera quelques documents historiques tels que des article de presse, des décisions politiques de la Junta Central Suprema de Sevilla (organisme révolutionnaire qui prit la tête du pays pendant la captivité de la famille royale à Bayonne), des ordres du jour de la résistance espagnole et des forces d'occupation, des dossiers militaires qui révèlent le fonctionnement déjà très moderne de l'armée espagnole, etc.

Ce sujet permet d'aborder la thématique des droits de l'homme, des droits et des devoirs civiques, de l'indépendance nationale, de la subordination du militaire à l'exécutif, des enjeux stratégiques européens (toujours à l'œuvre dans l'Union européenne), etc.

Si la durée et la nature de l'intervention l'autorisent, on pourra inclure une étude de l'œuvre de Francisco de Goya (1746-1828) dont la peinture, au-delà de sa signification artistique, est, dans cette tentative avortée de révolution espagnole, celle d'un authentique visionnaire.

La Révolution de Mai 1810

Tout se joue le 25 mai 1810, après une semaine de troubles sévères dans la ville de Buenos Aires. Ce jour d'automne voit l'abolition de la vice-royauté dans ce qui était devenu en 1776 le vice-royaume du Río de la Plata. Il déclenche le processus d'indépendance qui débouchera le 9 juillet 1816 sur la déclaration solennelle du Congrès de Tucumán, la ville où se tenait ce corps législatif.
La Révolution de Mai, qui a donné son nom à la célèbre Plaza de Mayo, dans la capitale argentine, résume en elle trois autres révolutions :

  • la révolution de 1808 en Espagne, dont elle se veut d'abord la fidèle continuatrice et héritière dans le Nouveau Monde
  • la révolution de juillet 1776 aux Etats-Unis,
  • et la Révolution française de 1789, dont l'influence va croissant au fil des ans, notamment à partir de 1812, quand débarquent sur le sol argentin des Espagnols chassés de leur pays par la bonapartisation de la Péninsule et qui seront suivis, dès 1817, par des combattants d'autres pays d'Europe sitôt après le Congrès d'Aix, la fin de l'épopée post-révolutionnaire et les restaurations, en France, en Espagne et au Portugal.

On pourra étudier quelques documents argentins (en espagnol en cas de pluridisciplinarité, sinon en traduction) et les comparer à des documents français, voire belges (la révolution à Liège par ex.) ou suisses (l'œuvre du Vaudois Antoine-Gabriel Miéville, 1766-1852, par ex.).

Le général San Martín (1778-1850), le cinquième géant de la révolution des droits de l'homme

José de San Martín fut l'un des géants de la période révolutionnaire (1773-1830) avec George Washington, Toussaint-Louverture, Napoléon Bonaparte et Simón Bolívar. Il leur a survécu à tous, passant en Europe ses vingt-cinq dernières années qu'il vécut volontairement retiré des affaires publiques. Il s'est éteint à Boulogne-sur-Mer, le même jour que Balzac (à Paris) et deux semaines avant Louis-Philippe (à Londres). Du fait de cette actualité trop chargée, sa mort passa presque inaperçue en Europe. Pourtant, en 1817, l'homme avait stupéfait ses contemporains avec sa traversée des Andes, dont on dit qu'elle surpassait l'exploit d'Hannibal. En Amérique du Sud, son prestige n'a cessé de grandir jusqu'à aujourd'hui.

Qui était ce fervent démocrate, imperméable au racisme si commun en son temps, abolitionniste de l'esclavage, amant de la culture, de la philosophie, de la pensée française, officier empathique, attachant et fraternel, qui suscita chez ses subordonnés et administrés un enthousiasme et une affection sincère, dont il nous reste maints témoignages directs en espagnol et en anglais et quelques autres, indirects, en français ?
Qui était ce général aussi prestigieux en son temps que Napoléon et qui, au sommet de sa gloire militaire, préféra renoncer au pouvoir plutôt que se faire dictateur ?

On peut aborder le personnage à travers une grande diversité de documents historiques, dont la majeure partie est rédigée en espagnol et une autre en anglais et en français.
Sur l'histoire européenne et l'histoire de l'art en France au début du XIXe siècle, San Martín est d'autant plus intéressant que, durant son exil à Bruxelles puis à Paris, il assista à l'indépendance de la Belgique en 1830 (contre les Pays-Bas, créés en 1815 au Congrès d'Aix-la-Chapelle, après la chute de Napoléon), à la révolution de juillet la même année en France puis à celle de février 1848. A Paris, San Martín côtoya les grands musiciens, poètes et romanciers de la Monarchie de Juillet parce qu'il cultivait une profonde amitié avec un mécène d'origine andalouse, Alexandre Marie Aguado. Ce capitaine d'industrie aujourd'hui bien oublié est l'homme de goût qui fit découvrir la peinture espagnole aux Français, finança l'Opéra de Paris, servi de modèle à Alexandre Dumas (et à Auguste Maquet) pour le personnage du comte de Monte-Cristo. En outre, sa trajectoire de vie nous donne un aperçu sur le sort des afrancesados, ces collaborateurs espagnols de l'occupation française entre 1808 et 1814, réfugiés en France après la défaite de Joseph Bonaparte.

L'histoire par l'image et la musique

Sur le Vieux Continent, l'iconographie de nos différents romans nationaux s'est constituée au fil des siècles et au gré des commandes des gouvernants pour célébrer leurs hauts-faits, dans la diversité des régimes politiques successifs, par exemple en France du règne de Louis XIV, avec ses réalisations versaillaises, au château et dans les jardins, jusqu'aux œuvres de Gros ou de David à la gloire de Napoléon Bonaparte, sans oublier, bien avant déjà, la tapisserie de Bayeux que la France partage avec l'Angleterre.
En Argentine, l'iconographie historique s'est constituée selon un plan élaboré et cohérent, ramassé sur quelques décennies à peine, comme un outil d'intégration dans les années 1880 – 1910 : elle avait pour but d'absorber l'immense flot migratoire qui arrivait de l'Europe entière (370% d'augmentation de la population à Buenos Aires entre 1870 et 1895). Devant cet afflux bigarré, le gouvernement argentin éprouva le besoin de créer un corpus de tableaux qui célèbre le passé du pays et devienne cet outil politique dont disposaient déjà tous les pays d'Europe, à commencer par les trois références qu'étaient pour l'Argentine de ce tournant du siècle la France, la Grande-Bretagne et, dans une moindre mesure, l'Espagne.
L'Argentine s'acheminait alors vers les fêtes somptueuses de son centenaire.

Parallèlement aux commandes de tableaux et pour les mêmes raisons de cohésion nationale, les gouvernements successifs, tous du même courant, en appelèrent aux musiciens et aux poètes pour créer des chants patriotiques, surtout à l'intention des enfants des écoles.
Là où la France dispose d'un large éventail de chants historiques datant peu ou prou des événements relatés et qui nourrit notre mémoire populaire (La Marseillaise, La Marche consulaire, Le Chant du départ, Le Régiment de Sambre et Meuse, Le Temps des cerises, Le Chant des Canuts, La Madelon, La Chanson de Craonne, Le Chant des partisans, Le Déserteur, etc.), l'Argentine a construit un répertoire plus compact, dont les particularités stylistiques et idéologiques révèlent leur finalité politique.

On pourra analyser avec les élèves les procédés picturaux, littéraires et musicaux mis en œuvre, les images ainsi suggérées, les épisodes historiques retenus (et ceux qui ont été écartés), l'histoire officielle qui en résulte avec ses clichés fédérateurs et ses écarts par rapport à la réalité historique.
On pourra aussi comparer ce corpus aux œuvres contemporaines des faits, qui marquèrent cependant beaucoup moins les esprits car peu d'entre elles visaient délibérément cet objectif.
Cette analyse décalée du phénomène permettra aux élèves de revenir ensuite vers le patrimoine français avec une prise de distance critique.

Le tango et sa culture : une chanson populaire identitaire

Dans une démarche pluridisciplinaire, qui implique musique, littérature, histoire et espagnol (voire aussi italien), on pourra étudier certains tangos pour analyser les procédés en jeu qui contribuent à la mythographie propre au genre : création de personnages archétypaux, création des grands topos littéraires, emploi des figures rhétoriques (élipse, chiasme, répétition, métaphores...), versification (rythmes, rimes, répétitions, etc.), variété des arrangements et des orchestrations qui sont une des caractéristiques du genre (contrairement à la chanson française dont chaque œuvre est marquée par la personnalité et l'interprétation de l'artiste qui se l'accapare, qu'il en soit l'auteur ou simplement l'interprète).

Pour les lycéens, on choisira dans le répertoire des textes adaptées à l'adolescence : comiques, burlesques, ironiques, parodiques, et des thèmes comme le football ou le cinéma. On évitera les sujets qui demandent un peu plus de maturité et assez d'expérience de la vie pour aller découvrir un contexte local qui nous est inconnu.

Pour les étudiants, le répertoire peut et doit être abordé dans sa complexité et ses particularismes, puisque ces qualités sont de de nature à développer l'ouverture d'esprit et le sens de l'adaptation à des contextes différents du nôtre, dont nos futurs diplômés doivent se munir pour être en mesure d'évoluer dans notre monde changeant et instable.

Date de dernière mise à jour : 22/09/2015